Encore et toujours. Mais que voulez-vous, pardonnez nos musiciens d’être aussi créatifs et prolifiques, ce dont nous n’avons surtout pas à rougir. Le Black Metal et la France sont liés par une corde aussi solide qu’un tank, et il est inutile de remonter jusqu’aux années 90 pour en avoir la preuve. Depuis le nouveau siècle, les groupes ont commencé à pulluler partout dans notre beau pays, faisant preuve d’ingéniosité, d’ambitions et de culot. Admettons alors que notre scène est l’une des meilleurs au monde. C’est aussi simple que ça, et ça évite des céphalées à force de comparaisons hasardeuses et de chauvinisme aigu.
Nouvelle entrée dans le vieux grimoire, OMEGAETERNUM. Une entrée conséquente qui se dispense de présentation, son œuvre parlant d’elle-même. D’autant que ce premier album n’est pas qu’un premier album. Il est aussi la première partie d’un long triptyque qui va s’étaler sur des années, mais qui a déjà coûté quelques décennies à ses auteurs. Sorghal (guitare/chant/synthés/samples), Öberkommander666 (basse), Arawn (guitare) et Sistre (batterie) nous offrent donc ce monumental 1248, qui de son titre nous fait vaguement penser à 1349. Mais rien à voir avec la bête suédoise immonde, puisque le Metal de ce quatuor est résolument accès sur une confrontation permanente entre mélodie et chaos. Et un sacré chaos.
1248, pourquoi ?
C’est simple et parfaitement décrit sur la toile :
En 1248, le mont Granier, qui domine la cluse de Chambéry et culmine à 1933 m d'altitude, s'est écroulé. Un glissement des marnes de la base du mont, consécutif à la chute d'une partie de la falaise calcaire, est à l'origine de cette catastrophe. Des coulées de boue ont transporté des blocs calcaires de plusieurs centaines de m3 sur des distances supérieures à 8 km, jusqu’à la cluse de Chambéry et la plaine de l’Isère. Cette catastrophe, relatée par des chroniqueurs européens du 13ème siècle, a connu un grand retentissement par-delà les frontières. Selon le dominicain Etienne de Bourbon, « La nuit même, avant qu’il fût minuit (…), une montagne qui n’avait pas moins d’une lieue de long et de large, se déplaça et tomba (…) ensevelissant et écrasant environ seize villages et un grand nombre de paroisses avec leurs habitants (…) ». D’après ces anciens écrits, 4000 à 6000 personnes auraient trouvé la mort, ensevelies… Aujourd’hui, on admet la disparition d’un millier de victimes et de cinq paroisses.
C’est donc une catastrophe naturelle de grande ampleur causant des milliers de victimes qui sert de point de départ à ce premier volet, dépassant déjà largement l’heure de jeu. Et pour cause, puisque OMEGAETERNUM a vu les choses en grand. Trois compositions titillant le quart d’heure, une trilogie centrale, et des idées à la pelle. Assez proche de ce que DISSECTION aurait pu produire de plus grandiose, 1248 est un chantier titanesque qui traduit musicalement cette catastrophe du treizième siècle, à grand renfort de riffs acides, d’harmonies délavées et de breaks Ambient. On est immédiatement happé par cette passion mystique et par ses circonvolutions fantastiques, laissant un espace conséquent aux longues digressions amères, reposant sur un principe simple et hypnotique de thèmes se répétant en boucle.
En trois morceaux dont une intro, OMEGAETERNUM a abattu le plus gros du boulot. Captiver l’auditeur, le plonger dans son monde et l’intéresser à son concept. Et aussi difficile soit la retranscription musicale de faits réels, le quatuor tisse un canevas incroyablement fin et résistant à la fois, parfaitement décrit par le long et tortueux « The Devious Deceiver ». Avec ses quatorze minutes, ce premier gros morceau entre de plain-pied dans la catastrophe meurtrière, dont il développe l’argumentaire avec une violence sourde et des accès de constatation d’impuissance.
Mais comme je le précisais en amont, 1248 est une œuvre de longue haleine. Son tableau central digne des peintures de la renaissance contribue à en faire un cheminement logique mais éprouvant, comme seules les tentatives les plus ambitieuses peuvent en tracer. Les deux guitares, plus volontiers focalisées sur des riffs mélodiques de biais accentuent le malaise et la terreur ressentie lors de l’évènement. Le spectre de MARDUK vient donc planer au-dessus de ce mont, pour en charrier les pierres avec célérité. Mais OMEGAETERNUM se dispense très bien de comparaisons même flatteuses, et se tient droit, le regard tourné vers le passé pour en commenter l’un des épisodes les plus tragiques.
Formidablement bien emballé par un Ludovic Tournier au sommet de sa forme, 1248 est un livre ouvert aux nombreuses pages et chapitres, que l’on dévore des croquis et esquisses plein la tête. Subtilement allusif à tous les sous-genres liés au Black Metal, ce premier long qui l’est vraiment utilise tous les codes, de ces chœurs grégoriens jusqu’à ces harmoniques empoisonnées, en passant par les éternels vocaux raclés et les blasts enflammés. Les musiciens ont vraiment brillé, et donné tout ce qu’ils avaient pour donner corps à cette vision d’apocalypse qui se digère comme une messe en hommage aux défunts.
« My Inner Decline », suintant de méchanceté et de cruauté est une fois encore une réussite totale, qui propulse l’album à des hauteurs enviables. On sent presque les pierres tomber sur les paroisses, on entend au loin les cris des villageois, et on respire cette fumée calcaire qui s’incruste dans les poumons. La sensation de suffocation et d’horreur est palpable, la violence en soulignant le caractère aussi extraordinaire qu’inéluctable.
« In Outerverse Slumber » n’a plus qu’à jouer son rôle de cliffhanger, maintenant les options prises et l’ambivalence d’un BM aussi âpre qu’accessible. Laissons le temps au temps, et savourons déjà cette première victoire. Mais OMEGAETERNUM ne s’est pas facilité la tâche en atteignant un tel niveau de qualité dès le premier essai. Il revient aux musiciens de se dépasser pour nous dévoiler une suite qui se doit d’être au minimum exceptionnelle.
Mais j’ai toute confiance en leur talent et en leurs choix.
Titres de l’album:
01. Ye Incantation
02. The Endless Quietus
03. The Devious Deceiver
04. 1248 The Symbols Swallower
05. The Silent Tears Of The Stone Giant
06. Echoes From The Depths
07. My Inner Decline
08. In Outerverse Slumber
Alors, j'ai vu les prix et, effectivement, c'est triste de finir une carrière musicale emblématique sur un fistfucking de fan...
20/02/2025, 19:08
J'avoue tout !J'ai tenté avec un pote d'avoir des places le jour J...Quand on a effectivement vu le prix indécent du billet, v'là le froid quoi...Mais bon, lancé dans notre folie, on a tout de même tenté le coup...
20/02/2025, 18:52
Tout à fait d'accord avec toi, Tourista. En même temps, on a appris qu'Ozzy ne chanterait pas tout le concert de Black Sabbath. Du coup, faut essayer de justifier l'achat d'un ticket à un prix honteux pour un pétard mouillé.
20/02/2025, 09:27
Tout est dit.Que ce soir devant 50 personnes dans une salle de quartier ou dans un festival Hirax et en particulier Katon assuré à l'américaine. Parfait.L'album précèdent reste terrible. A voir celui ci.
19/02/2025, 17:51
Hell Yeah!!! Voilà ce que j'appelle une bombe bien métallique.P.S: Il serait bien que ce site passe en mode sécurisé: https car certains navigateurs refusent son ouverture car il est considéré comme malveillant.
19/02/2025, 16:32
Pareil, vu au Motoc l'année dernière plus par curiosité qu'autre chose : et bah c'était excellent ! La passion qui transpire, la nostalgie d'une époque aussi et puis cette énergie !
17/02/2025, 21:39
Oui, Keton de Pena est une légende encore vivante avec son Thrash reprenant pas mal les codes du Heavy. Il y met cette ambiance jubilatoire en forte communion avec les fans (il a dû vous faire le coup du drapeau). Je l'ai vu deux fois il y a une dizaine d'années, c&a(...)
17/02/2025, 13:18
Vu pour la toute première fois en live l'été dernier.Il était grand temps pour moi au vu que j'adore ce groupe...Le concert était laaaaaargement au-dessus de ce que j'en attendais : Ambiance, prestation, joie communicative, ultra-res(...)
17/02/2025, 06:50
C'est un groupe assez ancien en fait, ils ont bien vingt ans de carrière derrière eux. Martin Mendez les a recrutés pour son propre groupe parallèle à Opeth, White Stones, car il est installée à Barcelone. Ils avaient commenc&eacut(...)
15/02/2025, 18:14
Âge oblige, j'ai connu à fond cette époque et elle était formidable. Evidemment, aujourd'hui, il y a internet mais le gros avantage du tape-trading, c'était que, par défaut, un tri s'effectuait, copie après copie (de K7). Aujourd(...)
14/02/2025, 05:50
AAAAh Benediction... Toujours un plaisir de les retrouver. Et en live c'est du bonheur (efficacité et bonne humeur!)
13/02/2025, 18:38
Dans son livre "Extremity Retained", Jason Netherton met en lumière l'importance énorme que ce phénomène a eu lieu dans la naissance de la scène. Tous les acteurs isolés dans leurs coins du monde échangeaient par ce moyen, et cela le(...)
12/02/2025, 01:30