Le Thrash allemand est donc une grande famille, qui au fil du temps, resserre ses liens et nous transforme un arbre généalogique en fête transversale. Jugez du peu, dans les années 80, Frank Blackfire quitte SODOM pour rejoindre les rangs de KREATOR, tandis que des membres de LIVING DEATH jouent conjointement dans MEKONG DELTA. Et aujourd’hui, ASSASSIN, acteur notable de la scène de l’époque peut s’enorgueillir de ou d’avoir compté dans ses rangs deux ex-SODOM (le dit Blackfire mais aussi Michael « Micha » Hoffmann), un ex-KREATOR, un ex-LIVING DEATH (Atomic Steif, de 2002 à 2004), ce qui donne à ce nouvel album des allures de célébration d’une ère qui décidément, ne souhaite pas être révolue. Mais le parcours d’ASSASSIN ne fut pas des plus tranquilles, et leur histoire est émaillée de coups du sort, de tragédies et autres départs imprévus, ce qui fait de ce sixième album un véritable miracle…J’avais laissé le groupe en 2016 sur une impression positive mais légèrement mitigée, c’est donc avec quelques interrogations que je les retrouve aujourd’hui, trois ans plus tard, et un nouveau membre en plus. Car si Combat Cathedral fut le dernier à faire figurer la paire légendaire Michael « Micha » Hoffmann/Jürgen "Scholli" Scholz qui avait transformé l’homérique Interstellar Experience en machine à riffer de l’enfer, il fut aussi le premier à introniser Ingo Bajonczak en tant que nouveau vocaliste, suite au triste décès de Robert Gonnella, le hurleur en chef depuis les débuts. Une nouvelle étape de transition donc sur la route du groupe de Düsseldorf, qui aujourd’hui peut compter sur l’expérience hors-normes du guitariste Frank Blackfire (ex-SODOM, ex-MYSTIC, ex-KREATOR, ex-WORTMORD, ex-WIDIA) pour propulser son Thrash dans une autre dimension, celle d’une professionnalisation de plus en plus flagrante, qui a ses bons et ses mauvais côtés. Car si Bestia Immundis est en tout point remarquable d’un point de vue technique, il est la dernière fleur posée sur la tombe de la démence musicale dont faisait preuve le groupe dans les années 80, et sa particularité la plus flagrante.
Mixé par Marc Görtz au Nemesis Studio, masterisé par Olman V. Wiebe au Hertzwerk Studio et bénéficiant d’un artwork de Dirk Freder, Bestia Immundis est symptomatique de la démarche actuelle et old-school des groupes anciens qui souhaitent se garder à flots et rester en phase avec leur époque. Cette production épaisse mais anonyme, qui transforme tous les chanteurs en brailleurs capables mais indiscernables, ces guitares qui ont toutes le même son, et cette rythmique compressée à outrance achèvent de normaliser le Thrash pour le rendre « respectable » et propre, en gommant tout particularisme et aspérité. C’est dommage, mais c’est visiblement le prix à payer pour rester une machine de guerre. Ajoutez à ça une modération dans le ton manifeste depuis le comeback des années 2000, et vous verrez ASSASSIN avec les yeux nostalgiques de ceux qui regrettent l’excentricité des années 80 et ses accès de folie. Aujourd’hui, le quintet (Jürgen "Scholli" Scholz - guitare, seul membre originel, Joachim Kremer - basse, depuis 2009, Björn "Burn" Sondermann - batterie depuis 2009, Ingo Bajonczak - chant, depuis 2014 et Frank Blackfire - guitare depuis 2016) se range plus du côté américain vers lequel il penche depuis quelques années, et se rapproche des EXODUS, TESTAMENT, et tous les survivants de la Bay-Area qui n’ont pas encore décidé de rendre les armes. De facto, ce sixième LP est carré, gonflé aux entournures, puissant, parfois décoiffant, mais désespérément dans la moyenne de créativité actuelle vintage. On retrouve évidemment ces riffs saccadés, accompagnés d’un chant plus grave que d’ordinaire, cette rythmique en à-coups qui refuse l’outrance Thrashcore que les deux premiers albums préconisaient pourtant, et cette structure de composition qui s’appuie sur des progressions logiques mais trop longues, entraînant l’album à la dérive de cinquante minutes, alors là même qu’Interstellar Experience n’atteignait même pas la demi-heure.
Et aujourd’hui, ASSASSIN de son patronyme évoque plus volontiers un porte-flingue froid et implacable qu’un gros taré jouant de la gâchette et du couteau. Non que la transformation ne soit pas viable, bien au contraire, mais à l’écoute de ces onze morceaux, on ne peut que regretter l’époque chien fou qui nous donnait des tueries intégrales de la trempe de « Abstract War » ou « Baka ». Vous me répondrez à juste titre qu’un groupe se doit d’évoluer pour ne pas stagner, et vous aurez en partie raison. D’autant plus que lorsque le groupe balance la sauce, il ne fait pas semblant, et lâche un impitoyable « The Swamp Thing » en ouverture. Mais si dans le fond et la forme, ce nouvel album est inattaquable, on n’en ressort pas moins avec une impression de frustration, comme si on sentait les musiciens capables de moins de respect, et de plus de personnalité. Les arrangements ont beau tenter de sortir des sentiers battus, notamment sur les chœurs et le refrain de « How Much Can I Take » qui évoque la vague Nu et MACHINE HEAD, on se demande à quel moment on va se laisser embarquer par cette démonstration de savoir-faire, sans vraiment identifier le nœud du problème. On peut toutefois cibler les reproches, notamment en termes de longueur, la plupart des morceaux jouant la carte des cinq minutes sans vraiment avoir les idées pour rebondir. Mais on retrouve parfois le groupe que l’on a connu, principalement sur les titres les plus débridés, « Shark Attack » en ligne de mire qui retrouve l’esprit d’antan en moins de trois minutes, ou « Hell’s Work Done » qui emballe les débats et propose enfin des lignes de chant moins prévisibles. Les plus jeunes et les moins portés sur la folie se réjouiront de « The Wall », pas si éloigné de DESTRUCTION qu’on pouvait le penser, et ceux attendant d’un album de Thrash un peu de finesse loueront les qualités du diptyque final « Chemtrails » qui instaure une ambiance plus moderne et mélodiquement envoutante.
Mais en tant que fan absolu des débuts, d’enfant du Thrash boom de cette époque bénie, je ne peux que regretter ce formalisme qui a transformé ASSASSIN en adulte presque raisonnable, tout du moins conscient des impératifs de son époque. Je déplore aussi ce son uniformisé qui transforme toute la production ou presque en une flaque de linéarité sonore, qui aimerait bien ressembler à une coulée de lave, mais qui a plus des airs de plastique fondu sous la chaleur. Je regrette aussi le chant trop raisonnable de Bajonczak, certes plus respectable que l’hystérie de Robert, mais désespérément trop convenu pour le style, malgré quelques grognements efficaces. Cela étant posé, devant faire preuve d’objectivité, je ne pourrais que recommander Bestia Immundis à tous les fans d’un Thrash solide et hargneux, gardant mes frustrations de jeunesse pour moi-même. Car il est, indubitablement, un très bon album du cru, même si l’Allemagne de 86/88 parait bien loin aujourd’hui.
Titres de l’album :
01. The Swamp Thing
02. How Much Can I Take
03. No More Lies
04. Not like You !
05. The Wall
06. Hell’s Work Done
07. The Killing Light
08. Shark Attack
09. War Song
10. Chemtrails (Part 1)
11. Chemtrails (Part 2)
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