Deuxième album pour les israéliens de SINNERY, six ans après leur entrée en matière via A Feast of Fools. Alors qu’on les pensait perdus dans les rues de Tel-Aviv à la recherche de l’inspiration, les musiciens préparaient leur grand retour, modestement annoncé par une poignée de singles plus tôt cette année. C’est donc avec un plaisir non feint que nous les retrouvons aujourd’hui, armés de dix nouveaux titres, percutants, puissants, évolutifs et volubiles, entre Thrash de tradition et Néo-Death mélodique à foison.
Black Bile, cette bile noire que le disque exsude, est amère, épaisse, et témoigne d’une ambition maladive assez remarquable. Le groupe avait une idée très claire au moment d’aborder la composition de cet album : l’énergie négative, et ce qu’elle peut produire de positif. L’acceptation de soi, de tout ce qui nous fait peur, nous révolte, nous révulse, et la façon qu’à l’être humain de transformer ça en espoir, en solution, ou en échappatoire. Un sujet intéressant, qui se devait évidemment d’être traité via une musique dure et sombre, ce qui est immanquablement le cas.
Avec cinquante minutes de violence, les SINNERY jouent la carte de la générosité, tablant sur la diversité des allusions pour éviter la redondance. L’opération fonctionne, même si quelques longueurs se font remarquer, mais cette facilité de passer d’un mid mélodique à un Heavy pur et dur ténébreux fait largement passer la pilule, le groupe osant des choses véritablement écrasantes, comme ce « Sever », qui vocifère, pilonne, martèle son message comme une idée qu’on trépane dans un crane vide de toute philosophie.
Cet album est aussi un moyen de mettre en avant les liens qui unissent le quatuor (Idan Kringel - guitare, Alon Karnieli - guitare/chant, Saar Tuvi - basse et Matan Mandelbaum - batterie) à Yuval Kramer, ami de longue date qui a beaucoup aidé ces jeunes recrues depuis leurs débuts. Crédité en tant que producteur, Kramer continue donc de suivre de très près la carrière de ses jeunes poulains, qu’il a parfois soutenus en bouffant des centaines de kilomètres. On ne peut que louer cette complicité, qui aboutit à une production parfaite, moderne, bien dans ses graves et ses chœurs, et qui transcende une inspiration parfois très nostalgique.
Black Bile est donc une affaire de famille, des retrouvailles qui explosent de leur exubérance dès le hit fatal « The Burning », déjà cheval de bataille en concert. Ce morceau, et son leitmotiv « God bless the human race » tient autant d’AT THE GATES que de SOILWORK, mais paye aussi son tribut au Thrash le plus lapidaire des années 90, lorsque le genre se transformait pour survivre. Beaucoup d’énergie donc, mais de la fluidité, des mélodies simples mais accrocheuses, pour un résultat entre les genres, qui n’a cure de définir le sien. Et entre raids instantanés et guerre de tranchée, l’ambiance est à l’attaque/défense, et nous laisse sur une impression de complétude, comme si le groupe avait enfin trouvé sa véritable identité.
On morfle, sévère, mais on en redemande, comme si ce masochisme exacerbait nos pulsions les plus positives. De fait, on encaisse sans broncher la bronca « Anti Tribe », on se prend en pleine face l’uppercut de « Who Will Be Eaten First », mid qui rappelle une rencontre nocturne entre AT THE GATES et EXODUS, tout en se préparant à affronter une seconde partie beaucoup plus complexe et développée.
Car SINNERY a très intelligemment scindé son album en deux chapitres. Et le second, plus porté sur la réflexion que sur l’écriture spontanée, s’introduit via « Mouthful Of Nails » et ses mélodies de biais pour rythmique complexe. De l’ambition donc, et une envie claire d’éviter l’écueil de la redite, avec des poussées d’adrénaline fameuses, et une saine colère qui drive la composition.
Ne se révélant que par des écoutes répétées et attentives, Black Bile est donc une œuvre pleine, truffée de petites surprises, de dissonances graves et de mélancolie amère (« Hanged From The Sun », qui aurait d’ailleurs dû être le titre de l’album, et son ambiance à la PANTERA des bons jours), de concentrés de haine palpable (« Bleak », comme si le MESHUGGAH des débuts avait accepté la simplicité d’un up-tempo régulier), et de progressions mystiques, aux mélodies acoustiques superbes, qui finissent irrémédiablement par s’échouer sur la grève d’un port Heavy que le quatuor se refuse à quitter.
Excellente surprise, Black Bile se veut homogène mais pluriel, et lance les SINNERY sur la scène internationale. Encore un peu formel pour justifier d’une mention particulière, ce deuxième album est une véritable réussite pensée et jouée, et mérite donc tout votre intérêt.
Titres de l’album :
01. The Burning
02. Black Bile
03. Who Will Be Eaten First
04. Sever
05. Anti Tribe
06. Mouthful Of Nails
07. Hanged From The Sun
08. Bleak
09. Here Below
10. Holes
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@DPD:Pour finir, là où je pense te rejoindre (je suis presque quinqua, pourtant), c'est que je trouve insupportable les anciens qui prennent les jeunes de haut en leur disant que ce qu'ils font ne sera jamais au niveau de ce qu'ils ont connu.
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@DPD: que METALLLICA n'apporte plus rien à la scène depuis 30 ans, je pense que ça fait plus ou moins consensus. Mais je ne vois pas ce que LORNA SHORE apporte non plus.Ceci étant dit, qu'est-ce qu'un "jeune" de la scène. Moins de 40(...)
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