Dead World Order

Bitterness

15/05/2020

G.u.c.

Face à la vague nostalgique qui déferle depuis des années, les dépositaires du secret reprennent du poil de la bête, peu disposés à se faire voler la recette ultime, l’approche radicale, sans défendre leurs derniers bastions. C’est ainsi que l’Allemagne et les Etats-Unis ne se rendront pas sans lutter contre l’ennemi suédois, l’envahisseur italien ou la horde d’espions de l’est, misant sur leur expérience du terrain et leurs facultés d’adaptation des standards aux exigences modernes. Depuis bientôt vingt ans, les vieux routards de BITTERNESS se la jouent donc doux-amer avec leur mélange de Death mélodique et de Thrash saccadé, et nous livrent avec régularité des témoignages de fidélité à leur patrimoine national. Sept LP en dix-neuf ans de carrière, avec une entame tonitruante en 2002 via Dawn of Golden Blood, encore un peu maladroit, mais dévoilant déjà les symptômes évidents d’une foi incontestable en une musique née sur leur territoire. Aujourd’hui, dix-huit ans après cette première étape, le combo de Waldshut-Tiengen revient à la charge avec Dead World Order, toujours soutenu par le label national G.U.C, mais modifie légèrement la donne. Les composantes Death ont presque totalement disparu, ne se montrant qu’à l’occasion de breaks harmoniques épars, le reste du nouveau répertoire s’affiliant plus volontiers au Thrash mondial en vogue dans les eighties, celui-là même qui a déclenché tant de passions. Et c’est sous une pochette une fois encore signée par la référence Andrei Bouzikov que se cache l’album de pur Thrash de cette semaine, un Thrash modulé, mais qui sait rester franc, rapide mais mesuré, et aux turbines toujours alimentées par une bonne dose de mélodies ne nuisant pas à la puissance globale.

Enregistré aux Iguana Studios par Christoph Brandes, mixé et masterisé au Wave Akademie par la légende Harris Johns (LE producteur de Thrash des années Noise), Dead World Order est un concentré de classicisme qui se propose une fois encore de synthétiser la tradition et le modernisme raisonnable, en multipliant les allusions au patrimoine allemand, sans trahir son évolution des années 90. Le trio belliqueux (Frank Urschler - guitare/chant, Andreas Kiechle - batterie et Thomas Kneer - basse) se replonge donc dans les années les plus symptomatiques de DESTRUCTION et ASSASSIN, tout en adoptant les postures du KREATOR abordable des nineties. Leur musique est toujours ce savant mélange de radicalisme de la Ruhr et de fluidité de la Bay-Area, et tous les morceaux de cette nouvelle livraison survolent des années d’histoire de la cause, sans remettre en jeu le titre des allemands, obtenu à la force du poignet. On retrouve donc des références à METALLICA, EXODUS, DEATH ANGEL, et il n’est pas incongru de voir en cette huitième réalisation un résumé de la carrière du groupe, qui depuis ses débuts n’a jamais dévié sa trajectoire. Son évidemment énorme, un peu sec mais claquant, chant en avant, chœurs proéminents, licks mélodiques à la TESTAMENT, rythmique volubile à la double grosse caisse écrasante, Dead World Order est en quelque sorte une digression sur les derniers albums des idoles du genre, améliorée d’une approche un peu moins générique, et d’un mordant plus symptomatique. C’est en tout cas ce que démontre « A Bullet A Day » en ouverture, moins de quatre minutes d’une attaque lapidaire qui nous ramène à la grande époque de la domination Allemagne/USA sur le reste du monde. On trouve de l’ASSASSIN dans cette musique, de l’EXUMER en version moins chaotique, du SLAYER, mais aussi beaucoup de BITTERNESS évidemment, et si les fans du genre regretteront le parti-pris plus consensuel et moins ouvert de la réalisation, les fans de Thrash pur et dur seront aux anges, louant ce sens de la syncope précise que WARBRINGER met en exergue dans ses propres travaux.

Evidemment, le fait d’avoir laissé de côté l’originalité de touches Death mélodiques fait rentrer les allemands dans le rang. Aussi percutant et incisif soit cet album, il n’est rien de moins qu’un aveu de traditionalisme patent, et risque de noyer le trio dans la masse. Mais heureusement, le métier des musiciens leur permet d’éviter les figures trop imposées du Thrash moderne, malgré un son de batterie très compressé qui peut parfois gêner. Mais en plaçant immédiatement deux morceaux de plus de six minutes, le groupe prend le risque de laisser l’effet de surprise s’évanouir, avec un « Dead World Order » à l’intro lente, lourde et oppressante et au cheminement presque progressif. On le sait, le terrain lourd n’a jamais été favorable aux troupes germaines, qui s’embourbent souvent dans leur propre emphase, et « Dead World Order » de démontrer une fois de plus que ce postulat est toujours plus ou moins vrai. Heureusement, « Idiocracy » accélère le tempo et revient dans le giron d’une violence typique, et la puissance raisonnable reprend ses droits. Avec un up tempo vraiment hargneux, et des lignes vocales sardoniques, le groupe relance la machine, et offre un refrain méchamment fédérateur, des breaks certes prévisibles mais enthousiastes, et se concentre à nouveau sur l’essentiel : la vitesse, la pugnacité, et la virilité. A mi-album, on peut évidemment déjà pointer les défauts d’un LP qui finalement, trahit son époque, et pointer du doigt le formalisme un peu trop prononcé de séquences qui s’emboitent à merveille, mais sans créer cet effet de surprise que l’Allemagne maîtrisait à la perfection à la fin des années 80. Un peu plus de folie n’aurait pas nui à l’ensemble, et ce mélange DESTRUCTION/SLAYER, aussi carré soit-il manque de panache dans l’absence de démence.

Bien sûr, les titres sont efficaces et claquent comme des fouets sur le dos d’une catin Nu-Metal, mais le tout reste prévisible, malgré un investissement indéniable des instrumentistes. Les saccades et syncopes de « Forward Into The Past » sont délicieuses, et « Blood Feud » reste remarquable dans sa jonction entre Los-Angeles et Berlin, proposant une longue évolution de plus de sept minutes réunissant HEATHEN, KREATOR et METALLICA. L’album se termine même de façon très surprenante, avec un long instrumental de presque six minutes, ce qui permet à Dead World Order de s’en sortir avec les honneurs de l’originalité. Mais dans l’ensemble, le parti-pris un peu trop classique, les plans lourds pas forcément convaincants viennent légèrement handicaper l’ensemble, qui finit par se fondre dans le magma d’un Thrash old-school trop timoré.          

                                      

Titres de l’album :

                       01. The Last Sunrise (Intro)

                       02. A Bullet A Day

                       03. Dead World Order

                       04. Idiocracy

                       05. Let God Sort 'Em Out

                       06. Forward Into The Past

                       07. Blood Feud

                       08. None More Black

                       09. Darkest Times (Instrumental)

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par mortne2001 le 27/12/2020 à 14:16
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