I Want Blood

Jerry Cantrell

18/10/2024

Double J Music

Le cheveu est blanc depuis un moment, le passé enterré, et le regard un peu embué par tant de souvenirs. L’image frappe sur les photos promo, et on ne peut s’empêcher de penser à une époque pas si lointaine où le monde de la musique était secoué par une vague alternative noyant le Hard-Rock dans ses flots d’authenticité. Pourtant, plus de trente ans se sont écoulés, à quelques mois près. Mais les images flottent toujours à la surface des canalisations comme des photos d’un autre temps, en noir et blanc, un peu floues, et délavées par la pluie et le soleil. C’est donc logique que les cheveux grisonnent, et que l’accalmie sonne. Ce qui n’empêche nullement les artistes de continuer leur route, tranquillement, sans se poser de problème inutile.

Jerry CANTRELL est l’un des héros les plus aimés de cette charnière nineties qui a coûté bien des carrières. Depuis 1998 et Boggy Depot, le guitariste chanteur lâche quelques témoignages épars, séparés de longues années, comme s’il attendait d’avoir quelque chose de vraiment pertinent à raconter. Une histoire que l’on connaît, mais qui change d’humeur à chaque nouveau tome. Le dernier nous promettait un peu de lumière, celui-ci nage en eaux troubles. Les mêmes dans lesquelles Jerry baignait sur la pochette de son premier album et qui cachaient des secrets inavouables. Et un peu de solitude aussi.

Brighten était quelque peu solaire, dans le sens le plus brumeux du mot, et éclairait faiblement la route suivie depuis les premiers pas d’ALICE IN CHAINS il y a très longtemps. I Want Blood en prend le contrepied, et vampirise l’ombre pour en sucer la noirceur la plus absolue. Non que ce nouveau disque se veuille pessimiste à outrance, mais c’est en tout cas celui qui se rapproche le plus de l’influence originelle. Faux hommage déconstruit d’un musicien qui cherche à se renouveler sans se trahir. Et encore une fois, c’est le principal intéressé qui donne la meilleure version des faits.

Ce disque a été un sacré boulot. Il est sans aucun doute plus orienté Hard Rock, et relativement différent de Brighten. C’est ce que l'on souhaitait, explorer d’autres univers. Cet album déborde de confiance. Je pense que c'est l'un de mes meilleurs, au niveau des textes et de ma façon de jouer, et certainement l'un de mes meilleurs en tant que chanteur.                

Sacré confiance affichée par le musicien qui ne doute de rien. Sans être totalement d’accord avec lui - promotion oblige et donc louanges autotractées en toute logique - on ne peut que se dire que ce quatrième long sous son nom est sans doute celui qui l’illustre le plus fidèlement, à tel point qu’il aurait sans problème pu être présenté comme l’album d’ALICE IN CHAINS que le groupe n’a jamais pu enregistrer. On y retrouve la poisse de Dirt, la colère sourde de Facelift, et pas mal de certitudes de l’éponyme qui fut le plus gros succès de la bande. Mais on retrouve surtout les passions, fascinations et obsessions de l’auteur qui laisse toujours sa guitare s’exprimer comme bon lui semble, et qui chante sans forcer, de façon naturelle, racontant des histoires personnelles ou non.

Tout ceci est décidément très plaisant. Jerry est en effet très en voix, et son instrumental moite et crépusculaire s’apparente à une version southern et dirty de gospels chantés dans des églises décaties aux murs un peu moisis. Ou à une longue litanie Blues piochant dans le répertoire des negro spirituals son fuel pour traverser les marais en toute bonne foi. Pour l’occasion, Jerry s’est entouré de beau monde, avec Duff McKagan et Robert Trujillo à la basse, Mike Bordin et Gil Sharone à la batterie, et Lola Colette et Greg Puciato aux chœurs. Sacré bottin pour un album qui se devait d’être à la hauteur des attentes, et qui dès « Vilified » les récompense d’un son gras et rond, nonchalant mais puissant, et juste assez détaillé pour ne pas être trop dilettante.

Coproduit par Jerry et Joe Barresi, I Want Blood se rapproche de ces albums intimistes bloqués sur douze mesures et chantant la souffrance, la solitude, mais aussi l’espoir. « Echoes Of Laughter » fait d’ailleurs partie de ces délires bluesy modernes, qui transposent les envolées d’antan dans un langage plus actuel et adapté au public blanc. Cette adaptation de standards est la marque de fabrique de ce quatrième long sous son nom, et Jerry n’a absolument pas désiré cacher ses influences sous le tapis usé.

Certes, rien de surprenant, si ce n’est en termes de qualité. Jerry continue de composer naturellement, et se met à la colle avec la vague NOLA tout en conservant cette spécificité alternative héritée des années 90. Ce mélange donne des choses évidentes mais plaisantes comme « Throw Me A Line », groovy et collant sous les bottes, ou « Afterglow », qui synthétise les échos d’un quatuor imparable, entre l’amertume de NIRVANA, les mélodies des STP, et l’attitude détachée mais Classic Rock de PEARL JAM. Le tout recouvert de chœurs sixties, psychédéliques à souhait, mais qui ne déforment guère la réalité.

Cette réalité est exposée sur la pochette même de l’œuvre. Un visage brouillé par l’eau qui coule sur la vitre, un noir et blanc contrasté, et un découpage quelque peu effrayant de traits vieillissants, et d’orbites qui semblent vides.

Il y a donc beaucoup de bonnes choses à retenir de ce sang que Jerry veut à tout prix voir couler. Des riffs empruntés conjointement à la référence SABBATH mais aussi au marigot NOLA sur « Let It Lie », lent comme une fin d’après-midi sur le bayou, ou au contraire, la légèreté de surface de « Held Your Tongue » tube potentiel pour radio bloquée sur les ondes grungy. Et surtout, « It Comes », sommet d’émotion d’un disque qui finalement, ne se base que sur le ressenti et le vécu. Quelques percussions sporadiques, une guitare au motif concentrique, une basse qui lâche quelques notes, et toujours cette voix, mixée au centre, et qui reste le point de focalisation le plus stable.

Je ne qualifierai pas un tel ouvrage. Peu importe à quel mouvement vous le raccrocherez, il restera toujours un album viscéral, honnête, sombre et mélancolique au possible. Du sang. La vie qui s’écoule de veines tranchées ou de cœurs trop fragiles. Une homélie chantée à Scott, Kurt, Layne, Andrew, et quelques autres plus anonymes et sans pierre tombale.   

Les fleurs sont belles quand elles sont mortes.

 

Titres de l’album :                                              

01. Vilified

02. Off The Rails

03. Afterglow

04. I Want Blood

05. Echoes Of Laughter

06. Throw Me A Line

07. Let It Lie

08. Held Your Tongue

09. It Comes


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par mortne2001 le 19/10/2024 à 17:34
85 %    541

Commentaires (3) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
26/10/2024, 08:10:52

Hâte de l'avoir celui-là !


evansens
@81.65.135.229
03/11/2024, 18:53:05

"... une homélie chantée à Scott, Kurt, Layne, Andrew, et quelques autres plus anonymes ..."

Comment omettre Chris ?


mortne2001
membre enregistré
04/11/2024, 10:10:50

@evansens : tu as tout à fait raison, mon oubli est impardonnable...

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