Il y a les artistes qui font du négoce, et d’autres qui envisagent l’expression comme catharsis d’une ferveur qui les dévore. Une caste à part de musiciens (ou autres) qui ne jurent que par la passion, et qui n’ont cure de ce que le marché peut leur offrir. Des musiciens qui pensent plutôt à ce qu’ils peuvent offrir au monde, et plus humblement, à leurs fans. C’est souvent vers eux que je me tourne lorsque j’ai envie d’entendre une musique honnête, fondamentalement personnelle, parfois maladroite, mais toujours sincère. Et VITNE, ou Joseph Kimbrell, comme vous préfèrerez l’appeler, fait partie de cette catégorie de sculpteurs d’émotions qui ont façonné leur univers à leur image. J’ai croisé sa route à l’occasion de son LP Neon, publié en décembre 2013, puis de nouveau un an et demi plus tard, lorsqu’il a publié sa suite en format EP, Endless Blue. Je suis ressorti de l’écoute et de la chronique qui s’ensuivit un large sourire aux lèvres, affirmant même qu’il était le genre d’homme à « rendre le monde plus beau ».
Deux ans plus tard, je n’ai pas changé d’avis. Et au moment de vous parler de son dernier né, Jupiter, je me sens une fois de plus en plein centre d’une zone de confort qu’il a contribué à créer de son inspiration versatile et de ses compositions intimes.
Dans un élan d’enthousiasme, je pourrais le comparer à un autre esprit libre, Devin Townsend, à cause de cette façon de n’envisager la musique que sous son angle le plus affranchi de toute contrainte et de toute limite de style. Bien évidemment, les deux ont leurs propres frontières et leurs propres influences, et un talent qui leur est propre, mais leur deux galaxies pourraient très bien cohabiter, à partir du moment où seul votre cœur décide des collusions possibles entre eux. Mais après tout, pourquoi comparer ? Joseph est VITNE, Devin est Ziltoïd ou toute autre créature, et c’est très bien comme ça.
Avec Jupiter, Joseph a mis les choses au point dès le départ, en le déclarant son album le plus Heavy. Impossible de le contredire, tant les riffs qui le composent sautent aux oreilles de leur hargne, mais pour autant, on retrouve les harmonies typiques du bonhomme, qui une fois encore à laissé dériver son inspiration sur les courants qu’il affectionne, sans se soucier des querelles de clocher. On retrouve donc une fois de plus ces accents étranges inspirés du Visual Key nippon, ces digressions Post-Rock hautement mélodiques, ces refrains qui s’incrustent dans la mémoire, et cette absence de limitation qui transforment une fois de plus sa création en objet unique, que lui seul peut revendiquer.
Mixé et masterisé par Rolf Munkes, Joseph lui-même, Kevin Carafa ou Johan Vegna, Jupiter est une odyssée homérique dans un univers parallèle, coloré, chaud et chamarré, dans lequel le Hard-Rock le plus traditionnel cohabite avec l’acoustique épurée, le Rock japonais, et même l’alternatif léger, dans une folle farandole qui occulte la triste réalité d’une morne routine que nous endurons tous. Joseph n’a rien perdu de son don pour nous faire oublier nos tracas, en nous offrant une petite demi-heure de musique bricolée à la maison, qui sonne pourtant bien plus professionnelle que des œuvres qui s’en targuent avec morgue. Des hésitations à me croire sur parole ?
Je ne vous le demande pas, mais écoutez cet album. Ses morceaux sont les meilleurs agents de com’ dont il peut avoir besoin. Et après la courte et apaisante intro au piano « Mirror », vous verrez vos perspectives changer, et votre regard s’ouvrir, tandis que les battements de votre cœur vont soudainement ralentir pour s’adapter à la quiétude ambiante.
Je parlais de Devin tout à l’heure, mais il est certain que les premières mesures en arpèges de « Masquerade » évoquent sa silhouette musicale, tout autant que le Rock alternatif des 90’s, qui n’avait pas encore oublié de conjuguer la puissance du futur aux harmonies du présent. Belle entrée en matière qui révèle une production clean et ample, permettant aux soli du guitariste de briller au firmament.
On retrouve d’ailleurs au casting du LP Vitne, évidemment, au chant, chœurs, à la guitare, la basse, la flûte, mais aussi au synthé et au piano, Julian Angel à la lead, Nigel Rios à la batterie, ainsi que Max Saidi au même poste sur le titre « Edge ».
Comme d’habitude, Joseph s’en tire admirablement bien à chaque poste occupé, et distille des riffs simples et accrocheurs, travaillant ses refrains comme des accroche-cœurs et préférant la sobriété à la démonstration gratuite et boursouflée.
« Lion » reste sur le même créneau Heavy, et s’agrippe à un mid tempo martelé, pendant que les couches de chant s’empilent, alors que « Make Believe » s’autorise un beat plus élastique et quelques percussions atypiques. Mais quelle que soit le vecteur d’approche, le résultat est toujours le même et l’euphorie d’un Rock entrainant l’emporte, privilégiant l’efficacité à la diversion.
Ce qui n’empêche nullement l’artiste de nous contenter des courts intermèdes acoustiques dont il est coutumier, distillant des harmonies superbes et zen comme sur les cinquante secondes du cristallin « Are You Real ? », qui lui permet de superposer un chant médium et des arpèges sereins.
La pause détente et introspection continue d’ailleurs sur le magnifique « Under The Moonlight », aussi empreint d’épure à la Townsend que de Folk de tradition aux accents délicatement nippons. C’est certainement le domaine dans lequel Joseph se montre le plus à nu et à l’aise, en réduisant l’orchestration au minimum, sans oublier de parsemer son instrumental d’arrangements de flûte et de claviers discrets.
Mais « Jupiter », le title-track nous ramène en terrain plus bétonné, et nous fait dévaler à bonne allure l’autoroute du Hard-Rock le plus échauffé, proche d’une nationale AOR aux abords accidentés, histoire de rouler bon train pour finir par le dépasser.
« Edge » est la surprise du chef, qui brise le moule et nous offre une friandise épicée, dansante et colorée, comme un dessert alternatif servi brulant et glacé.
« Far Away » renoue avec la tendresse, et se perd dans les méandres d’un rêve éveillé, qui évite soigneusement tous les clichés oniriques romantiques éculés. Une fois de plus, les multiples couches de voix s’entremêlent avec délicatesse, alors que le final explose soudain dans un crescendo imprévu qui nous ramène à la réalité vécue.
« Say Goodbye » offre le meilleur des réveils avec ses allusions à la vague Néo Punk des SUM41, FENIX TX et autres NEW FOUND GLORY, et on se relève de cette écoute du bon pied, prêt à affronter n’importe quelle journée.
VITNE avec Jupiter prouve qu’il vit sur une autre planète, sur laquelle des valeurs comme l’honnêteté et la sincérité ont valeur de dogme. C’est un disque profondément humain, avec ses qualités et défauts, qui ne cherche pas la perfection, mais l’émotion. Et qui nous touche, une fois encore. Une leçon de diversité qui ne souhaite pas en donner.
Plus simplement, une musique à l’image de son créateur, attachante, vivante et délicieusement introspective et exubérante.
Titres de l'album:
Haaaa le Rock est tout sauf négociable !! Merci pour cette belle critique.Chazz (2Sisters)
17/01/2025, 22:44
Non putain ça fait chier ! Je m'en fout de revoir Rob derrière le micro de mon groupe préféré d'amour !
17/01/2025, 17:03
J'ai cru comprendre que Zetro se retirait pour problème de santé.J'espère que ça ira pour lui.En tout cas avec Dukes sur scène, ça va envoyer le pâte.
16/01/2025, 18:21
Super nouvelle pour moi, le chant de Zetro m'est difficilement supportable. Celui de Dukes n'a rien d'extraordinaire mais il colle assez bien à la musique et le gars assure sur scène.
16/01/2025, 12:15
Eh beh... Étonné par ce changement de line-up. Vu comment Exo était en forme sur scène ces dernières années avec Souza ! Mais bon, Dukes (re)tiendra la barque sans soucis aussi.
16/01/2025, 10:22
Super. L'album devrait être à la hauteur. Beaucoup de superbes sorties sont à venir ce 1er semestre 2025. P.S. : le site metalnews devrait passer en mode https (internet & connexion sécurisé(e)s) car certains navigateurs le reconnaisent comme(...)
15/01/2025, 12:58
Je viens de tomber dessus, grosse baffe dans la gueule, et c'est français en plus!Un disque à réécouter plusieurs fois car très riche, j'ai hâte de pouvoir les voir en concert en espérant une tournée pour cet album assez incr(...)
14/01/2025, 09:27
Capsf1team + 1.Je dirai même plus : Mettre cela directement sur la bandeau vertical de droite qui propose toutes les chroniques. En gros faire comme pour les news quoi : Nom du groupe, titre de l'album et entre parenthèse style + nationalité.
13/01/2025, 08:36
Oui en effet dans les news on voit bien les étiquettes, mais sur la page chronique on a juste la première ligne de la chro, peut-être que ce serait intéressant de le mettre dans l'en-tête.
13/01/2025, 07:59
Capsf1team : tu voudrais que l'on indique cela où exactement ? Dans l'entête des chroniques ? En début de chronique ?Aujourd'hui le style apparait dans les étiquettes que l'on met aux articles, mais peut-être que ça ne se voit pas d&(...)
12/01/2025, 17:38
Poh poh poh poh... ... ...Tout le monde ici à l'habitude de te remercier pour la somme de taf fournie mortne2001, mais là... Là, on peut dire que tu t'es surpassé.Improbable cette énumération.Et le pire, c'est qu'a(...)
12/01/2025, 14:27
Jus de cadavre, putain mais merci pour la découverte Pneuma Hagion. C'est excellent! Du death qui t'envoie direct brûler en enfer.
11/01/2025, 12:16
Merci pour tout le travail accompli et ce top fort plaisant à lire tous les ans. Moi aussi je vieilli et impossible de suivre le raz de marée des nouvelles sorties quotidiennes... Suggestion peut-être à propos des chroniques, est-ce que l'on ne pourrait pas indique(...)
10/01/2025, 09:12
J'aurais pu citer les Brodequin et Benighted que j'avais bien remarqués en début d'année, aussi, mais il faut choisir... Quant au Falling in Reverse, cette pochette ressemble trop à une vieille photo de J-J Goldman dans les années 80, je ne peux p(...)
09/01/2025, 19:49