Un groupe de Black Metal qui se frotte au répertoire populaire de la chanson française classique attire immanquablement mon attention. Ceci étant dit, ce n’est pas cette étrange reprise de Michel Polnareff qui me pousse aujourd’hui à vous rendre compte du quatrième album de SÜHNOPFER. Non, ce qui m’a décidé à chroniquer cette nouveauté, c’est tout simplement le parcours impeccable de ce projet actif depuis plus de vingt ans, et déjà responsable de trois longue-durée, et de quelques démos et autre compilation. Car SÜHNOPFER fait partie de ces groupes à ambitions, qui depuis son émergence, n’a de cesse de repousser les limites pour affiner son approche, et son son.
Ardraos (Florian Denis), affiche un featuring assez conséquent. Ex-CHAROGNE, ex-CHRISTICIDE, ex-ENDYMION, ex-VERATYR, ex-WOLFSANGEL, ex-ANTRUM MORTIS, ex-AORLHAC, ex-PESTE NOIRE, ex-VOUÏVRE, ex-SIGILLUM DIABOLICUM (live), ex-CHRYSANTHEME, ex-LEMOVICE, ex-LES COUILLES A L'AIR, ex-ORDALIA, l’omnipotent musicien, auteur compositeur, interprète nous a régalé depuis 2010 de ses visions aussi brutales que mélodiques, et offre aujourd’hui une suite bien méritée à Hic Regnant Borbonii Manes, paru il y a déjà quatre ans.
Toujours hébergé par Debemur Morti Productions, SÜHNOPFER continue donc son exploration des possibilités, quelque part entre le BM traditionnel, la culture plus mélodique d’un DISSECTION, et la grandiloquence d’un VEHEMENCE. Nous Sommes D’hier se repose donc sur des bases saines et stables, et nous entraîne dans les enfers personnels d’un musicien traumatisé par la richesse dans la brutalité. Et avec une ouverture de la trempe de « D.S.F.R. », l’homme peut ouvrir sa porte en toute confiance, sans avoir à trier les voyageurs sur le volet.
Puisqu’ils sont tous venus pour lui, sa musique, et son purgatoire infernal aux silhouettes déshumanisées.
SÜHNOPFER n’a pas vraiment changé son fusil d’épaule, mais a choisi une arme plus meurtrière pour exprimer son ressentiment. Au-delà d’une production étonnante et touffue, on remarque une fois encore la préciosité des arrangements, la luxuriance des progressions, et la précision des structures. Florian n’a donc rien perdu de son savoir-faire, entre artisanat de luxe et sur-mesure pour public pointilleux, et nous massacre de six compositions originales aux durées étendues, et qui pourtant, passent comme dans un cauchemar focalisé sur l’inhumanité d’un monde en totale perdition.
En exergue, ces mélodies tournoyantes émanant d’une guitare prolixe, toujours à l’affut, qui allègent une rythmique en constant mouvement, et créant un univers mouvant. Aucune possibilité de vous accrocher aux branches donc, puisque les arbres morts sont nus, et la forêt peu encline à vous réserver un sort enviable.
Hurlés en français, les textes sont toujours d’importance. D’autant qu’Ardraos les hurle avec une haine viscérale, dans un élan de dégoût majeur d’une misanthropie non feinte. On se laisse donc bousculer de tous les côtés par un « Nous Sommes D’hier » aussi opératique que chaotique, cathédrale effondrée d’une foi sans cesse remise en cause, et qui parvient à faire le lien entre AORLHAC, NECROPOLE, PESTE NOIRE, FORTERESSE et évidemment DISSECTION, l’une des influences majeures.
Mais le petit jeu de dupes des comparaisons ne tient pas la route très longtemps. En vingt ans, SÜHNOPFER a largement eu le temps de s’affranchir de ses parrains directs ou indirects, pour proposer des albums toujours plus soignés, à l’esthétique léchée, mais au contenu fortement impressionnant. Jouant sur l’alternance entre mid tempo et blasts en pluie de violence, Nous Sommes D’hier cite la veille pour mieux décrire les lendemains, et résonne comme un opéra maudit joué dans une église condamnée depuis la nuit des temps.
« Sermon Sur Le Trépassement », en extrême onction scelle les paupières, et transforme la cécité en vision du cœur. Un cœur noir bien sûr, qui ne bat que pour le blasphème et les grands auteurs français, apportant un peu de romantisme dans ce déluge de bestialité clinique.
Avec une moyenne de plus de six minutes, voire sept, le tracklisting de ce quatrième album fait la part belle aux déviations, aux astuces Folk habiles, et aux montées de fièvre impossibles à soulager. Ainsi, « Pays d’Allen », réconcilie la scène Pagan, le mouvement Black Folk et le Black Metal français des années 2000, sans oublier son propre ADN qui s’affirme dès que le tempo monte dans les tours.
C’est évidemment perturbant, criard, mais fertile, inspirant, et fascinant. Le chant, auquel une attention particulière a été portée, se pose en narration d’une histoire vieille comme le monde : je vous déteste, vous me détestez, et c’est très bien ainsi.
Sauf que l’équation cache une variable imprévisible. Quelle est la valeur de la haine face à la beauté exponentielle de la musique ?
« Céron », sauvage et impitoyable, « Derniers Sacrements » emphatique et dramatique, avec toujours cette batterie affolée qui ne sait pas quand s’arrêter, le parcours est jonché d’embuches, mais ce labyrinthe réserve de magnifique surprises à ceux qui s’accrocheront pour en trouver la sortie. Et cette sortie, c’est justement la reprise de l’immortel « Le Bal Des Laze » de Polnareff, évidemment moins dramatique et plus chaotique, et qui juxtapose des hurlements atroces à la ligne de chant originelle. Décalage original, pour une appropriation totale, et une conclusion unique pour un album unique.
SÜHNOPFER passe donc la rampe avec une facilité insolente, et s’inscrit dans une logique de Black mélodique qui ne sacrifie en rien sa pugnacité contre une quelconque nostalgie.
Titres de l’album:
01. D.S.F.R.
02. Nous Sommes D’hier
03. Sermon Sur Le Trépassement
04. Pays d’Allen
05. Céron
06. Derniers Sacrements
07. Le Bal Des Laze (Michel Polnareff Cover)
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