Dans les années 90, nous avions pris l’habitude que les groupes mélangent tout et n’importe quoi pour obtenir un cocktail unique : on appelait ça la Fusion. Tout y passait, le Rock, le Metal, le Funk, la Pop, le Reggae, le Thrash, et le mélange lorsqu’il était parfaitement dosé était détonnant. Dans les années 2010, le même réflexe revient, mais avec des éléments différents. Les groupes extrêmes refusent les cloisonnements, et se demandent pourquoi ils ne devraient être que Death, Black, Thrash, Grind ou Indus. Alors, nous avons vu éclore des genres bizarroïdes, à base de toutes ces composantes, devant même inventer des noms de musiques complètement improbables. Mathcore, Deathcore, Blackened Death ou Thrash, pour le plus grand plaisir des amateurs de salade composée. Parfois, l’optique est savoureuse, souvent, prétexte à n’importe quoi ou à l’habile dissimulation d’une ancienne philosophie sous une nouvelle couverture. Mais comme dans les années 90, certains musiciens ont une véritable optique à mettre en avant, et ne prennent pas les gens pour des imbéciles. Ce qui est immanquablement le cas des références de NAILS, PRIMITIVE MAN, CONVERGE, POWER TRIP, ENFORCED, et quelques autres qui repoussent les limites de la brutalité sans verser dans le chaos indicible. A cette liste, loin d’être exhaustive, nous pouvons dès aujourd’hui ajouter le nom des norvégiens d’ORMSKRIK, qui avec leur premier album donnent un gros coup de pied dans la fourmilière. Fondé à Sandnes en 2015, ce collectif prouve avec ce premier long éponyme que le Crossover a encore de très belles nuits devant lui, et nous offre une démonstration de force brute qui ne néglige pas pour autant la subtilité. Pourtant, leur méthode est d’usage. Utiliser les codes traditionnels du Thrash pour les confronter à une rudesse BM nationale, sans chercher à bousculer l’ordre des choses. Et pourtant, la bousculade devient un art majeur entre leurs mains. Et pour une raison bien simple : l’efficacité prime.
Quintet (Erik Bakke - basse, Kristoffer Fikstvedt - batterie, Anders Skjæveland & Tormod Hansen - guitares et Gjøran Bårdsen - chant), ORMSKRIK est l’archétype de groupe super efficace qui connaît ses classiques et les arrange à sa sauce. Déjà responsables de quelques morceaux lâchés en éclaireurs plus tôt cette année, les norvégiens nous assomment directement d’un gros bloc de béton d’à peine trois minutes, « Occultness », qui résume une partie de leur démarche virile. Produit par Daniel Bergstrand à Dugout Productions en Suède, et mixé par Lawrence Mackrory à l’Obey Mastering, Ormskrik est un concentré de rage pure qui se permet de citer les gloires noires et néfastes nationales, tout comme la sacro-sainte Bay-Area, MAIDEN, le Mélodeath suédois, et quelques autres excroissances mélodiques et brutales pour parvenir à ses fins. Sans négliger l’apport d’un Crust adapté à la puissance Californienne, ce premier morceau fait la part belle à la bestialité la plus débridée, et évoque les gloires nationales de KVELERTAK et PURIFIED IN BLOOD, sans oublier de leur adjoindre un groove hypnotique et des passages en mid totalement diaboliques. On est immédiatement happé par cette énergie de tous les diables, et surtout, accroché par un chant vraiment viril et écorché. Autre détail notable, cette basse qui refuse les seconds rôles, et qui s’impose au premier plan comme pivot essentiel d’une rythmique atomique. Et alors qu’on se dit légitimement que le chemin est tout tracé dans la boue de la violence outrancière, « Destroyer of Worlds » nous cueille à chaud de sa pluralité qui passe en revue toutes les tendances modernes. En laissant leur batteur s’amuser derrière son kit, et alterner l’up tempo dansant et les aplatissements de grosse caisse, les quatre autres instrumentistes se laissent porter par un vent de folie meurtrière pour les oreilles, nous les brisant d’accélérations fulgurantes, pour mieux casser le schéma d’un break catchy et totalement sous influence de la vague Néo-Thrash des nineties. En deux titres, le collectif norvégien affirme son individualité, allant jusqu’à incruster un break mélodique et acoustique pour mieux sonner unique. Et le pire, c’est que le tout fonctionne, alors que sa description laisse dubitatif.
Il y a de tout sur ce premier album, mais surtout des preuves d’une maturité flagrante et stupéfiante à ce niveau de carrière. Publier un premier album aussi maîtrisé mais frais est chose rare dans le business, mais les originaires de Sandnes sont loin d’être de gentils naïfs ignorant leur potentiel. Bien évidemment, avec onze morceaux, tout n’est pas parfait, et quelques minutes de certains titres auraient gagné à être amputées. Mais entre les inserts brefs et monstrueux (« Oblation », et un Gjøran Bårdsen qui s’arrache les cordes vocales, BM style perdu dans la forêt la nuit), et les conclusions presque épiques de plus de sept minutes avec passage en revue de toutes les possibilités (« Eye for an Eye », AT THE GATES, KVELERTAK et CRADLE sont dans un bateau…), tout y passe, avec brio, conviction, et passion. La presse s’est déjà fait des gorges chaudes de cette sortie considérée comme un achèvement alors qu’elle ne signale qu’un début de carrière très prometteur. Mais pour une fois, la hype underground ne se repaît pas de son propre élitisme. Et je la rejoins sur le caractère indispensable d’un morceau aussi écrasant que « Helheim », qui relègue la concurrence loin derrière, dans les buissons de la honte. Ces riffs saccadés, ce chant à moitié Hardcore, à moitié BM, cette rythmique qui a tout compris aux débuts du Speed/Thrash des années 84/85, et cette intensité qui fait trembler les ampoules en font un hit imparable, bien plus efficace que les exercices de style des cadors du Thrash des eighties essayant de recycler leurs propres recettes. Le juste milieu entre Black et Thrash est précis, et l’un des seuls à vraiment mériter cette étiquette vulgarisatrice de Blackened Thrash. Mais cette putain de basse énorme qui vous comprime les tympans, et ce duo de guitares toujours en action font que ce premier album s’écoute comme on regarde un pauvre gars se prendre une branlée un vendredi soir, à la sortie d’un bar.
Et les exemples ne manquent pas pour étayer cette thèse de perfection précoce. « Deathwind » lâche un gros lick de Hardcore métallisé, « Vegen Til », apaise d’une mélodie à la Skolnick, « The Morbid Arrives » met le paquet pour retrouver les sensations d’un HEATHEN passé au papier de verre Crust Anglais. Et entre des passages en mid qui laminent le parquet, et des lâchers de blasts à faire passer un bombardement pour une fête de patronage, ORMSKRIK déroule comme à la parade, et s’adresse aux fans de musculation auditive. Sauf qu’ici, rien n’est de la gonflette, et les pains dans la tronche sont bien réels.
Titres de l’album :
01. Occultness
02. Destroyer of Worlds
03 .Oblation
04. March of the Dead
05. Descend to Madness
06. Deathwind
07. Vegen Til
08. Helheim
09. The Morbid Arrives
10. Hecatomb
11. Eye for an Eye
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