Rex Mortuus

The Devil's Heir

18/09/2020

Magellanic Records

Voilà un groupe qui aura mis onze ans, deux EP’s, un live, et quelques dizaines de concerts (euphémisme) pour proposer son premier album, après avoir vogué pendant deux ans sous un pavillon différent. Les THE DEVIL’S HEIR furent d’abord connus sous le nom d’IOKANE entre 2007 et 2009, avant d’opter pour un patronyme pour le moins original cette même année. Rapidement, le groupe se forge un répertoire personnel, et propose à sa fanbase deux EP’s, le premier en 2010 en forme de clin d’œil à deux groupes légendaires (Extreme Noise Terror - The $4.99 EP), le second en 2013 (Initial Explosion), avant de disparaitre des radars discographiques pendant six ans. Et c’est en 2019 qu’on les retrouve en vie, avec le Live In Reno, sans savoir s’ils y ont tué un mec pour le regarder crever, mais ce qui est certain, c’est que le Thrash n’est pas prêt de mourir tant que des musiciens comme eux continueront de le jouer avec autant de passion. Venant d’Ely, dans le Nevada, THE DEVIL’S HEIR n’est pas le groupe lambda qui se contente de piller les grandes influences, et peut se targuer de posséder une approche et un son qui lui sont propres. On se demande d’ailleurs où les américains sont allés piocher leur ADN, tant leur musique est étrange, en convergence, utilisant des éléments de Hardcore, de Black, pour teinter leur Thrash d’une couleur bizarre, que l’on devine avec difficulté derrière un paravent de riffs à la SLAYER. A la rigueur on pense plus à l’arrière-garde de la dernière vague Thrash US des années 80, lorsque des groupes un peu tordus hébergés par des labels comme New Renaissance ou Wild Rags inondaient le marché. Et un morceau aussi personnel que bancal comme « #1 Fan1Brainless Coward » n’aide pas vraiment à situer les mecs sur le marché, ce qui est forcément bon signe en cette époque de formatage old-school.

Cinq potes, Thad Stark (basse), Mike Gregersen (batterie), Brendon Martinez (guitare), Harold Robertson (chant), et Jerod Jacob (guitare), pour élaborer ce Rex Mortuus qui dénote franchement dans la production actuelle. Loin des habiles faiseurs recyclant les recettes du Big 4 ou les astucieux recopiant les devoirs de l’école allemande, les THE DEVIL’S HEIR jouent un Thrash certes peu ancré dans son époque, mais qui aurait même étonné durant l’âge d’or des eighties. Le son global de l’album, très sec et analogique nous renvoie au meilleur du classicisme Crossover, tandis que la performance des musiciens, étrange et résolument personnelle, évoque parfois les ACID BATH, INDESTROY, DEAD HORSE, et toute une clique de groupes qui ne se rangeaient dans aucune catégorie trop précise. D’ailleurs, l’album a parfois des airs de collection de démos collées les unes derrière les autres, tant les humeurs changent, et après deux chansons assez formelles, le groupe se lâche et assume totalement son unicité au travers de compositions évolutives, avec un couple de guitares rachitiques qui font ce qu’elles peuvent pour sonner agressif. Le point fort de ce groupe est indubitablement son chanteur, complètement habité par son rôle de meneur de revue, et qui couine, vitupère comme une sorcière, double ses intonations comme un doppelgänger fun de Glen Benton, évitant le piège d’un chant trop linéaire et classique qui aurait condamné les morceaux à patiner dans la semoule. Je concède qu’il faut quelques écoutes pour supporter la production de l’album (lorsque la double grosse caisse se lance, on la prend pour une boîte à rythmes), qu’il en faut encore plus pour s’habituer au répertoire iconoclaste des américains, mais si vous parvenez à vous faire à cette étrangeté, alors vous tomberez sous le charme d’un disque qui ne ressemble à aucun autre, et sous celui d’un groupe qui ne fait rien comme tout le monde.

Et ne vous laissez surtout pas amadouer par la doublette d’intro, le quintet ayant pris soin de lâcher ses deux bombes les plus immédiates en début de parcours. Ainsi, « Sonic Poison » ressemble à s’y méprendre à du SLAYER repris par FORBIDDEN, tandis que « Exsanguinate », joue pendant presque sept longues et lourdes minutes le jeu de Seasons in the Abyss, avec ses riffs emphatiques, ses mélodies à la King/Hanneman, et son rythme lourd estampillé 1990. Fort peu symptomatiques, ces deux morceaux prouvent toutefois que THE DEVIL’S HEIR connaît son bréviaire et se sent capable de rivaliser avec les meilleures formations nostalgiques du moment, mais qu’il souhaite plutôt proposer une musique plus variée et une approche plus hétéroclite plutôt que de se contenter d’un habile verbatim. « Devastator » se pose d’ailleurs en transition tout à fait crédible, et prépare l’auditeur à la suite du répertoire, moins classique, avec toujours en exergue ce chant si étrange et envoutant. Pas de demi-mesure, on est envouté ou repoussé, et « Hateborn » de sonner comme l’hymne décalé qu’il est, à cheval entre Thrash et Hardcore sans jouer le jeu du Crossover. Pourtant, le groupe possède en la basse de Thad Stark de gros graves qui claquent et qui rappellent les Dan Lilker et Frank Bello, et lorsque le tempo se veut plus up, on headbangue à loisir, sans vraiment savoir où situer nos amis du jour (« Otis »).

Pour beaucoup, l’originalité de ce disque sera son point faible, d’autant que le son ne fait rien pour le normaliser. A l’opposé, les plus attachés à l’excentricité sauront reconnaître un groupe qui casse le moule, et qui n’en fait qu’à sa tête, qu’elle lui dicte des pamphlets bizarroïdes (« Blackout », Rap Thrash ?), des allusions à la NOLA traduites dans un vocable encore plus paysan que la normale (« Demon Inside », un exorcisme groovy et bluesy dans la campagne profonde), ou des jurons mis en musique sur fond de Metal antique et pas toc (« Psychotic Ramblings of a Middle Class Working Man »). Alors, je l’admets, tout ça n’est pas très middle of the road, mais nous avons besoin de groupes comme THE DEVIL’S HEIR pour nous rassurer quant à la santé du Thrash de psychopathes refusant un traitement Bay-Area pour s’intégrer à la société. Et de fait, je place immédiatement ces cinq-là sur ma liste rouge, attendant avec impatience la suite de leurs délires.             

                                             

Titres de l’album:

01. Sonic Poison

02. Exsanguinate

03. Devastator

04. #1 Fan1Brainless Coward

05. Sitting in This Room

06. Hateborn

07. Otis

08. Blackout

09. Demon Inside

10. Psychotic Ramblings of a Middle Class Working Man (feat. Fahim Pasha)

11. Bitten by a Beast


Facebook officiel


par mortne2001 le 22/02/2022 à 17:36
85 %    639
Derniers articles

Dr. Feelgood

mortne2001 29/03/2025

Live Report

1000Mods + Frenzee

RBD 24/03/2025

Live Report

Datcha Mandala

mortne2001 22/03/2025

Live Report

Wishbone Ash

mortne2001 18/03/2025

Live Report

Peter Hook and the Light

RBD 14/03/2025

Live Report

Fanzinat - Projection du Documentaire

mortne2001 23/02/2025

Live Report

Voyage au centre de la scène : HOLY RECORDS

Jus de cadavre 23/02/2025

Vidéos

Obscura + Gorod + Skeletal Remains

RBD 17/02/2025

Live Report

Doom, Rock'n'Roll & Vin rouge

Simony 10/02/2025

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jus de cadavre

Bah oui c'est vrai ! Mais la scène Metal est devenu une telle blague qu'il n'y a plus besoin de poisson d’avril non ? (excuse bison pour dire qu'on avait pas d'inspiration cette année...)

02/04/2025, 22:07

Gargan

J'ai proposé une niouse à la con hier et j'ai rien vu =) 

02/04/2025, 09:28

Humungus

Pas une seule vanne lourdingue de poisson d'avril à l'horizon cette année...Je m'inquiète donc pour votre petite santé les gars... ... ...

02/04/2025, 09:16

Ivan Grozny

Je tombe sur la chronique et ce visuel de groupe intrigant. Cette nouvelle offrande est franchement pas mal, à confirmer avec plus d'écoutes.

01/04/2025, 15:21

Bir

Très bon album de power metAl épique

01/04/2025, 11:01

Humungus

Hâte, hâte...

01/04/2025, 08:20

Moshimosher

On en parle des groupes qui tournent en Israël ? (Comment ça, je trolle ?)Alors, pour moi [qui suis à 200% pro-ukrainien pour ce qui concerne le conflit actuel et 0% russophobe (je considère qu'il y a une différence entre la Russie et la Russie de Pout(...)

31/03/2025, 21:24

Humungus

Bon...Je viens de me bouffer à peu près la première moitié de leur discographie là...Comme dirait le penseur, cela m'en touche une sans faire bouger l'autre.J'aurai essayé ma foi... ... ...

31/03/2025, 09:08

Satan

Quand je vois certains commentaires ici, on mesure à quel point la France (et pas que) est gangréné par les idiots utiles de la Russie. J'aimerais bien vous y voir si ce dégénéré de Poutine avait envahi la France : comment l'auriez-vous j(...)

31/03/2025, 08:54

NecroKosmos

Concert complet à Nantes. Pas pu y aller. Crotte...

30/03/2025, 07:45

Simony

        

29/03/2025, 07:56

Simony

Je n'avais pas été vraiment convaincu par l'album précédent, trop gonflé aux hormones inutilement, là ça respire, ça pue le old-school à plein nez, ça sent l'achat !

29/03/2025, 07:54

Simony

On va peut-être vous ouvrir un sujet "La Géopolitique vue de ma fenêtre" dans le forum, ça pourrait vous être utile parce que je ne suis pas certain que ça passionne tout le monde tout cela....En tout cas, étant donné qu'il y(...)

28/03/2025, 17:07

Zoubida

28/03/2025, 09:03

Humungus

Metalnews = RMC "Les grandes gueules"... ... ...

28/03/2025, 07:04

Zgueg

"Oui, comme nous en France en 1914 quand nous voulions récupérer l'Alsace et la Lorraine. Rien de choquant pour moi."Ouais, rien de choquant. Cet idiot utile de Zelensky avait juste faite sa campagne en faveur de la paix. 

27/03/2025, 20:46

Jus de cadavre

"Poutine ne s'est pas levé un matin en se demandant ce qu'il pouvait faire ce jour-là, puis a décidé que d'envahir l'Ukraine, ce serait marrant"Ça c'est une certitude, pour Poutine l'Ukraine c'est la Russie. Po(...)

27/03/2025, 20:18

MorbidPSG

Et l'Ukraine n'a pas respecté les accords de Minsk, Zelensky déclarant même vouloir récupérer le Dombass par n'importe quel moyen.C'est un peu plus compliqué que les Russes ont envahi l'Ukraine (Poutine ne s'est pas lev(...)

27/03/2025, 19:36

Jus de cadavre

Génocide ou pas, il y a un pays qui en a envahit un autre (du moins il essai hu hu). Point barre. C'est pas plus compliqué que ça. Si on cherche à justifier ou excuser ça, le monde va devenir un enfer total (plus qu'il ne l&apos(...)

27/03/2025, 16:49

CHUCK MAURICE

Je ne vois pas pourquoi les fans Russes du groupe devraient pâtir de la politique de POUTINE et être privés de les voir en live.  La prochaine étape c'est quoi ? obliger tous les groupes à arborer un drapeau ukrainien ?

27/03/2025, 15:53